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Le blogue d'avocats sans frontière Canada

« Retour à la liste Publié par Liza Yelle
le 3 mai 2017

Représentation des victimes dans un dossier d’assassinat politique à la CourIDH

Liza Yelle est conseillère juridique volontaire déployée au Honduras dans le cadre du projet «Protection des enfants, femmes et autres collectivités vulnérables » mis en œuvre par Avocats sans frontières Canada (ASFC) et le Bureau international des droits des enfants (IBCR) grâce à l'appui financier du gouvernement du Canada. Elle agit au sein du Comité de Familiares de Detenidos y Desaparecidos en Honduras (COFADEH), organisation hondurienne de défense des droits humains.


Le 23 mars dernier, j’ai eu l’incroyable opportunité de participer comme représentante des victimes à une audience lors de la 57e session extraordinaire de la Cour interaméricaine des droits de l’Homme (CourIDH) qui prenait place au Guatemala.


Depuis maintenant six mois j’appuie, dans le cadre du projet « Protection des droits des enfants, femmes et collectivités vulnérables » (PRODEF),le Comité de Familiares de Detenidos y Desaparecidos en Honduras (COFADEH) dans la ville de Tegucigalpa. Dès mon arrivée dans l’organisation, on m’a assigné le dossier Angel Pacheco Leon y otros vs. Honduras qui allait être entendu par ce tribunal international. Ce dossier traite de l’assassinat brutal en 2001, d’un homme qui s’était lancé en politique afin d’améliorer le sort de la population dans son département de Valle. Il aspirait à promouvoir l’éducation, créer de nouvelles infrastructures et stimuler la création d’emplois. Dans un pays où les élites politiques et économiques détiennent le pouvoir de facto, la candidature et la popularité d’Angel Pacheco Léon dérangeaient plusieurs. Dans le dossier, nombreux sont les éléments qui permettent de croire que le crime a été commis par des agents de l’État ou avec l’appui de ceux-ci pour des raisons politiques. Plus de quinze ans plus tard, le dossier se trouve toujours au stade de l’enquête au niveau national.


En arrivant au Honduras, jamais je n’aurais pensé qu’on m’assignerait autant de responsabilités dans un si court laps de temps. On m’a accordé une grande confiance très rapidement, au point de me laisser intervenir face à la Cour quelque mois plus tard. Je dois avouer que j’étais assez nerveuse, mais je suis maintenant extrêmement reconnaissante. Ce fut une expérience professionnelle enrichissante où j’ai pu apprendre énormément, mais aussi une très bonne occasion pour gagner en assurance.


En m’impliquant dans le dossier, j’espérais apporter une certaine objectivité qui est parfois perdue par les organisations lorsqu’elles sont impliquées depuis longtemps avec la famille de la victime. Par exemple, dans le cas d’Angel Pacheco Léon, COFADEH connaissait le dossier depuis plus de 12 ans lorsque je suis arrivée et ses membres avaient donc déjà une relation étroite avec elle.


Garder une objectivité face au dossier fut tout de même un défi pour moi. Durant la préparation de l’audience, j’ai eu l’occasion d’écouter leurs témoignages à plusieurs reprises et il est très difficile de rester de glace devant tant de souffrance qui se reflète dans leurs regards. J’ai tellement d’admiration pour ces personnes qui sont prêtes à aller exposer des parties aussi douloureuses et personnelles de leur vie face à un grand public inconnu afin d’obtenir justice et faire ressortir la vérité au grand jour.


Plus de 15 ans après l’assassinat, les membres de la famille allaient enfin être entendus pour la première fois par un tribunal et allaient pouvoir raconter leur histoire. Cependant, je crois que l’expérience à la CourIDH fut plus douloureuse qu’ils ne l’espéraient. L’État du Honduras n’a à aucun moment reconnu certains de ses torts ou la souffrance que les membres de la famille aient pu souffrir.


Alors qu’on s’attend généralement à ce qu’un État agisse avec un peu plus de compassion et de compréhension face à un tribunal des droits humains, ici le Honduras a tout simplement agi comme s’il s’agissait d’une cour pénale nationale. Il n’a eu aucune gêne à contre-interroger les victimes comme si il s’agissait d’accusées à être condamnées. Les membres de la famille m’ont mentionné qu’ils ont trouvé particulièrement difficile d’entendre de la bouche d’agents de l’État durant leurs allégués oraux que les frères et sœurs ne pouvaient être considérés comme ayant réellement souffert. Ils ont trouvé cruel et absurde que l’État puisse juger de leur douleur alors qu’ils avaient perdu d’une manière violente leur frère qui n’aspirait qu’à apporter des changements au bénéfice de la population. Une souffrance qui est prolongée alors que l’État, par manque de volonté et capacités, n’enquête toujours pas avec diligence ce crime. Ils doivent continuer à se battre jour après jour pour que justice soit faite et ils doivent vivre avec le fait que les coupables, probablement liés à l’État, vivent toujours en complète impunité au Honduras.

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