Le blogue d'avocats sans frontière Canada

« Retour à la liste
Odile Caron
Publié par Odile Caron
le 21 mars 2016

Moi, femme en Côte d'Ivoire

L’auteure, Odile Caron, est conseillère juridique volontaire déployée en Côte d’Ivoire dans le cadre du projet «Protection des enfants, femmes et autres collectivités vulnérables» mis en œuvre par Avocats sans frontières Canada (ASFC) et le Bureau international des droits des enfants (IBCR) grâce à l'appui financier du gouvernement du Canada accordé par l'entremise d'Affaires mondiales Canada.

Le 19 novembre 2015, mon avion atterrissait à l’aéroport international Félix-Houphouët-Boigny et pour la deuxième fois, je me retrouvais en Côte d’Ivoire. Cette fois-ci, je suis conseillère juridique volontaire dans le cadre du projet « Protection des enfants, femmes et autres collectivités vulnérables » ; projet issu d’un consortium formé par Avocats sans frontières Canada et le Bureau international des droits des enfants (IBCR). Mon mandat est d’apporter un appui technique à six cliniques juridiques sous la direction de l’Association des Femmes Juristes de Côte d’Ivoire (AFJCI) afin d’améliorer l’accès à la justice pour les populations les plus vulnérables. Que dire de plus sinon que je fais un travail que j’aime dans un pays que j’adore.

Je me dois tout de même d’être honnête avec vous, ce n’est pas toujours rose. J’assiste parfois à des situations particulièrement frustrantes et injustes. Arrivée à Abidjan en pleine campagne des 16 jours d’activismes pour la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles, j’ai rapidement été introduite aux violences basées sur le genre en Côte d’Ivoire. Malgré les efforts déployés et les progrès réalisés depuis plusieurs années par les autorités ivoiriennes et une multitude d’organisations internationales et d’acteurs de la société civile, la situation demeure préoccupante. Selon l’indicateur des inégalités de genre, la Côte d’Ivoire occupait en 2014 le 151e rang sur 187 pays du classement mondial réalisé par le PNUD. Bien que la Constitution ivoirienne consacre que « Tous les êtres humains naissent libres et égaux devant la loi », les inégalités envers les femmes s’observent à travers tous les aspects de la société ivoirienne. Notamment, il faut prendre connaissance qu’un tiers des femmes ivoiriennes ont été au cours de leur vie victimes de violences , qu’une très faible proportion d’entre elles occupe des postes décisionnels et que 38 % des femmes ont subi une excision, soit pour la majorité, avant l’âge de cinq ans, bien que cette pratique soit interdite depuis 1998. Finalement, les victimes de violences sexuelles en Côte d’Ivoire, en plus d’être traumatisées et d’être stigmatisées socialement, ont un faible accès au système judiciaire et à des soins de santé.

Face à ces réalités, ce qui me réconforte et me motive plus que jamais dans la réalisation de mon mandat, ce sont les femmes ivoiriennes et en particulier, mes collègues de travail. Récemment, à l’approche de la journée internationale de la femme, j’ai eu une discussion particulièrement intéressante avec l’une d’entre elles. Alors que je m’accrochais au chemin encore à parcourir vers l’égalité des genres en Côte d’Ivoire, celle-ci me racontait avec une grande fierté toutes les victoires et l’avancement en la matière au courant des 60 dernières années. Sans le savoir, cette collègue m’a fait comprendre que le changement est peut-être lent, mais qu’il y en a bel et bien un en Côte d’Ivoire, et ce, au-delà même de ce que peuvent nous traduire les statistiques actuelles. Il vaut la peine notamment de mentionner et de se réjouir que depuis 2016, il n’y a jamais eu, de toute l’histoire de la Côte d’Ivoire, autant de femmes composant le gouvernement ivoirien et qu’en 2013, un amendement législatif a enfin permis à la femme d’obtenir un statut égal à l’homme au sein de la famille. Ainsi, lors de la journée internationale de la femme et du mois de mars, je vais célébrer l’évolution des droits des femmes en Côte d’Ivoire avec mes collègues de l’AFJCI qui m’inspire au quotidien et qui depuis 30 ans contribue à cette évolution.

 

Laisser un commentaire
Commentaires (4)

Laissez votre commentaires

  • Rédigé par fatimata Diabate le 22 mars 2016, 03:39
    Bravo Odile pour cet article qui témoigne de la réalité des droits de la femme en Côte d'Ivoire. Beaucoup d'efforts menées par l'état et les organisations de les organisations de la société civile, mais en réalité on constate une avancée vers une égalité de droit, mais l'inégalité de fait a encore la peau dure. Grâce à des actions comme par exemple l éducation juridique et l appui du consortium ASF/IBCR, les choses sont en train de bouger lentement, mais surement sur le terrain.
  • Rédigé par salif cisse le 24 mars 2016, 05:51
    Excellent article qui j’espère aidera cette nouvelle génération d’Ivoiriens que je représente prendre conscience de la situation et nous sensibiliser dans la direction de ce changement indispensable à l’essor de notre chère et bien aime Côte d'Ivoire.
  • Rédigé par MOISE DION le 10 avril 2016, 21:45
    I still struggle to comprehend why our young graduate are travelling abroad for alleged humanitarian missions... While here home we are facing worse issues in our impoverished Aboriginal Population... As I'm writing this comment there is a news cast on "Manitoba First Nation declares state of emergency over suicide epidemic". http://www.ctvnews.ca/canada/manitoba-first-nation-declares-state-of-emergency-over-suicide-epidemic-1.2810573 To me this young Canadian working in Ivory Coast is a waist of tax payer's money...
  • Rédigé par Odile Caron le 25 avril 2016, 15:20
    Dear Mr. Dion, Indeed, it can be hard from your point of view to understand what I am doing in Ivory Coast. However, my commitment in this project doesn't mean I am in deny of what's going on in our country or insensitive to it. My actual goal is to share my experience in Ivory Coast and this is why I am not writing about what is happening in Canada. It doesn't mean that the news you shared is not important for me. As a Canadian, you should know that our people in history never made helping people a matter of borders. We are all human beings and the injustice and the suffering related to it, is our responsibility no matter which nationality we are. I kindly invite you to read more about the subjects Avocats sans frontières-Canada are working on. You will see that First Nations in Canada is one of their concerns. Finally, am I a waist of tax payer's money ? Well, first, I am a tax payer's, so its my money too and you should know that I would not have apply to this if I was not believing strongly that I can be useful in Ivory Coast. Also, I believe in the decision of my government and at the end of my mandate that the results of my work will speaks for itself. To learn more about what I am doing in Ivory Coast, I invite you to continue to follow my post. Maybe this way, you will have more elements to judge if I am a good investment. Thus, I am just saying, give me the benefit of the doubt for now. If you still think I am the cliché volunteer stereotype you are saying I am in 3 months, well I will have to live with that AND I give you my words that I will get involve actively in the defense of the human rights of the First Nations in Canada. Is it a deal ?
Mot-clés
Les derniers commentaires
Auteurs
Archives
825, rue Saint-Joseph Est, bureau 230
Québec (Québec) G1K 3C8
Canada
Téléphone : +1.418.907.2607
Courriel : info@asfcanada.ca
© Copyright - Avocats sans frontières Canada
Design Web par Egzakt